Les vergers de Van Gogh
À peine arrivé en Provence, Vincent se précipite dans les vergers en fleurs. En quelques semaines, il peint une quinzaine de toiles de pêchers, prunelliers et amandiers roses et blancs : une explosion de couleur et de gaieté, qu’il conteste au mistral, pinceau après pinceau.
Quatorze toiles pour célébrer le réveil de la nature
Au printemps 1888, Van Gogh peint à Arles une série d’environ quatorze vergers en fleurs. C’est l’un des sommets de gaieté de son œuvre : une célébration du renouveau, peinte au rythme des floraisons, presque une toile par jour.
Ces tableaux mêlent trois influences : la touche impressionniste, les couleurs divisées des néo-impressionnistes et, surtout, l’estampe japonaise. Vincent voit en Arles « le Japon du Sud ». Les vergers y deviennent un motif de lumière, de contours nets et de complémentaires vibrantes — l’image d’une renaissance personnelle autant que saisonnière.
Un printemps qui l’arrache à l’hiver
Le 20 février 1888, Vincent débarque à Arles… dans une tempête de neige. Mais en deux semaines, le temps tourne et les arbres fruitiers se couvrent de fleurs. Apricots, pêchers, pruniers, amandiers : l’éblouissement est total. Il s’installe, prend ses pinceaux et attaque une série.
En un mois, il peint environ quatorze toiles de vergers en fleurs, soit presque une par jour. Il écrit à Théo vouloir « peindre un verger provençal d’une gaieté étonnante ». Loin de l’épuisement, cette frénésie l’invigore : pour une fois, l’activité le porte au lieu de le vider.
« Je veux peindre un verger provençal d’une gaieté étonnante. »Vincent à Théo, printemps 1888
Le pinceau « sans système » des floraisons
Le mistral complique tout. Le vent souffle si fort que Vincent enfonce des piquets en terre pour y attacher son chevalet. Mais les fleurs ne durent qu’une semaine : il faut peindre vite, sur le motif, au risque de tout voir s’envoler. Trop beau, dit-il, pour manquer ça.
Sa touche s’en ressent, libre, presque sauvage : « Je n’ai aucun système. Je frappe la toile de touches irrégulières que je laisse telles quelles. Des empâtements, des endroits laissés nus, des moments sauvages. » Le rose des pétales est posé en pâte épaisse — au point que Théo devra, dit-il, en « raser » un peu.
Curiosité : le rose vif du Pêcher rose a pâli avec le temps et paraît aujourd’hui presque blanc. La lumière avait ses raisons que la chimie a perdues.
Le triptyque rose des vergers
Vincent rêvait d’accrocher ensemble plusieurs de ses vergers. Un seul triptyque est documenté : le Verger rose, le Pêcher rose (au centre, vertical) et le Verger blanc. Il l’esquisse pour l’appartement de Théo, et sa belle-sœur Johanna le disposera selon ce croquis.
Le Verger rose
Touffe d’impasto pour les fleurs ; champ laissé vide en fond pour creuser la distance.
Le Pêcher rose
Dédié « Souvenir de Mauve », son ancien maître. Le rose a pâli en blancheur.
Le Verger blanc
Prunus jaune-blanc « aux mille branches noires » ; le vent fait « scintiller » les fleurs.
Au Verger blanc, Vincent raconte avoir peint sous une rafale soudaine, entre deux éclaircies : « Toutes les petites fleurs blanches scintillaient. C’était si beau. » Son ami le Danois — le peintre Mourier-Petersen — vint le rejoindre sur le moment.
L’estampe japonaise au cœur des vergers
Pour Vincent, Arles est « le Japon du Sud ». La lumière du Midi simplifie les formes, claire les contours : exactement ce qu’il aime dans l’estampe japonaise. Dans les vergers, il adopte des points de vue hauts, des troncs cernés de noir, des fonds plats — autant d’hommages à Hiroshige et Hokusai.
Le Poirier en fleurs, qu’il choisit comme centre d’un second groupement, cumule ces dettes : point de vue surélevé, tronc aux contours appuyés, et même un grand papillon jaune posé parmi les fleurs. « Tout mon œuvre, écrit-il, repose en partie sur l’art japonais. »
« Tout mon œuvre est fondé, d’une certaine manière, sur l’art japonais. »Vincent à Théo
L’arbre qui fleurit après l’hiver
Pour Vincent, l’arbre en fleurs n’est pas un simple motif printanier. C’est le symbole du renouveau : la promesse que la vie revient, qu’une existence difficile peut, un jour, « fleurir ». Dès 1883, il comparait l’éclosion à « l’homme qui produit enfin quelque chose de poignant, comme la fleur d’une vie dure et difficile ».
Ce fil le poursuivra jusqu’en 1890 : à Saint-Rémy, pour la naissance de son neveu, il peindra Amandier en fleurs — l’arbre à fleurs précoces, symbole par excellence d’une naissance.
Quatre toiles du printemps 1888





La série, jour après jour
Vincent débarque dans une tempête de neige.
Les arbres fruitiers éclosent en quelques jours.
Frénésie productive : presque une toile par jour.
« Les vergers ont presque fini de fleurir » : il change de sujet.
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Quand Van Gogh a-t-il peint la série des vergers ?
Au printemps 1888, à Arles, juste après son arrivée en Provence : de début mars à environ la mi-avril.
Combien de tableaux compose la série ?
Une quinzaine de toiles de vergers en fleurs, peintes à un rythme d’environ une par jour.
Pourquoi cette frénésie ?
Les fleurs des arbres fruitiers ne durent qu’une semaine. Vincent peint sur le motif, au plus vite, pour capter l’éphémère — quitte à lutter contre le mistral.
Qu’est-ce que le « triptyque rose » ?
Un groupement de trois toiles prévu par Vincent : le Verger rose, le Pêcher rose (au centre) et le Verger blanc. Sa belle-sœur Johanna les accrocha selon son croquis.
Pourquoi le Pêcher rose paraît-il si pâle aujourd’hui ?
Le rose vif d’origine a pâli avec le temps, sous l’effet de la lumière et de la chimie des pigments. Il apparaît aujourd’hui presque blanc.
Quelles influences voit-on dans ces toiles ?
Trois : la touche impressionniste, les couleurs divisées des néo-impressionnistes et, surtout, l’estampe japonaise. Vincent voyait en Arles « le Japon du Sud ».
Où voir ces tableaux ?
Dans plusieurs musées : Van Gogh Museum (Amsterdam), Kröller-Müller Museum (Otterlo), et divers musées selon les toiles.
Aller aux textes
- Van Gogh Museum, Amsterdam — collection.
- The Letters of Vincent van Gogh — édition savante Van Gogh Museum / Huygens ING.
- Wikipedia (en) — Flowering Orchards, série du printemps 1888 à Arles.
- Wikipedia (en) — Almond Blossoms, l’héritage de 1890.
- The Letters of Vincent van Gogh, édition Van Gogh Museum / Huygens ING.
- Van Gogh Museum, Amsterdam, collection.
- Wikimedia Commons — Verger en fleurs avec vue d’Arles, domaine public.
- Wikimedia Commons — Le Pêcher rose (Souvenir de Mauve), domaine public.
Les œuvres de Vincent van Gogh sont dans le domaine public. Les citations courtes sont extraites de ses lettres (édition Van Gogh Museum). Les reproductions proviennent de Wikimedia Commons (domaine public).
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