Giverny · 1919–1920 · le jardin devient frise
Les Glycines de Monet : couleur, rythme et grandes décorations
Des guirlandes mauves et blanches descendent depuis le bord supérieur d’une toile longue de trois mètres. Il n’y a plus de sol, presque plus de profondeur : seulement une floraison suspendue, un air lilas et un rythme qui semble pouvoir continuer au-delà du cadre.
Avec les Glycines, Claude Monet ne peint pas un bouquet isolé. Il imagine un élément d’architecture picturale lié à son immense projet des Nymphéas : une frise aérienne destinée à envelopper le spectateur.
Guide du cycle
Du motif vivant de Giverny au projet de frise, à l’Orangerie et à la postérité abstraite.
L’essentiel en une minute
« Les Glycines » désigne un groupe de panneaux, pas une seule toile
Plusieurs versions subsistent dans des formats et des collections différents. La grande toile horizontale étudiée ici est l’une des deux Glycines de 100 × 300 cm conservées au musée Marmottan Monet.
La version du musée Marmottan Monet
Une guirlande traverse la partie supérieure de l’image puis descend surtout vers la droite. Le reste de la toile est occupé par une atmosphère laiteuse où les lilas, les gris bleutés, les verts d’eau et quelques accents orangés se mêlent sans horizon.
- Artiste
- Claude Monet
- Titre
- Glycines
- Date
- 1919–1920
- Technique
- Huile sur toile
- Dimensions
- 100 × 300 cm
- Format
- Frise horizontale
- Collection
- Musée Marmottan Monet
- Provenance
- Legs Michel Monet, 1966

Du jardin à l’architecture
Huit dates pour suivre la naissance des Glycines
Le motif végétal est ancien à Giverny, mais sa transformation en frise monumentale appartient aux dernières années de Monet.
Monet agrandit Giverny
Il acquiert une parcelle au-delà de la voie ferrée, détourne un bras de l’Epte et commence à construire le bassin qui nourrira ses recherches.
Le pont japonais
Le pont et les nymphéas deviennent un motif majeur. L’espace reste lisible : arche, rives, eau et végétation conservent leurs places.
Un arceau de glycines
Monet fait installer sur le pont un support où grimpent des glycines importées de Chine et du Japon, aux grappes blanches et mauves.
Les grandes décorations
Encouragé par Georges Clemenceau, Monet reprend le rêve d’un décor enveloppant consacré à l’eau, aux plantes et aux reflets.
Peindre monumental
Un vaste atelier éclairé par le haut lui permet de travailler sur de grandes toiles montées sur des châssis et de les reprendre longuement.
Les Glycines
Monet multiplie les panneaux consacrés au motif. Certains sont très allongés ; d’autres, proches du carré, déclinent la même idée de suspension.
De Biron à l’Orangerie
Le projet d’un pavillon dans le jardin de l’hôtel Biron est abandonné. L’Orangerie des Tuileries est retenue, avec une autre architecture.
Ouverture des salles
Les Nymphéas sont inaugurés dans les deux salles ovales. Les Glycines ne font pas partie de l’installation définitive.
Le motif réel
Une plante suspendue au-dessus de l’eau
La glycine fournit à Monet une structure différente de celle des nymphéas. Les fleurs ne flottent pas sur le bassin : elles tombent depuis le haut, en grappes et en courbes.

Pourquoi la glycine convient au décor
Son mouvement est déjà architectural. Une branche court horizontalement comme une corniche ; les grappes descendent comme des pendants ; les vides entre les fleurs laissent circuler l’air et la lumière.
Une ligne porteuse
La tige traverse la toile et fournit une ossature souple à la composition.
La gravité visible
Chaque grappe descend. Le regard est ramené du haut vers le centre sans jamais rencontrer de sol.
Des couleurs froides
Mauves, bleus et verts d’eau relient naturellement les fleurs à l’atmosphère du bassin.
Une origine japonaise
Le motif prolonge le goût de Monet pour les plantes venues d’Asie et pour les cadrages suspendus des estampes japonaises.
Analyse visuelle
Un tableau sans centre fixe, organisé par retombées et intervalles
La toile paraît vaporeuse, mais sa structure est très ferme. Monet fait varier le poids des masses colorées pour guider le regard sur trois mètres de largeur.

Une guirlande coupée par le cadre
La branche entre et sort de l’image. Rien ne signale son commencement ni sa fin : la composition semble être un fragment d’un décor plus vaste.
L’asymétrie comme moteur
La gauche est pâle et ouverte ; la droite accumule fleurs, feuilles et touches claires. Ce déséquilibre produit le mouvement au lieu de le perturber.
Pas d’horizon
Ni sol, ni rive, ni ciel distinct. Les valeurs claires forment un milieu continu où il devient difficile de décider ce qui est espace, fleur ou lumière.
Des verticales souples
Les retombées ne sont jamais droites comme des colonnes. Elles ondulent, s’amincissent et s’interrompent, donnant à la gravité un rythme vivant.
Les accents chauds
Des traits corail, orangés ou rouges traversent les mauves et les verts. Peu nombreux, ils empêchent la palette froide de devenir uniforme.
Une surface reprise
Touches larges, frottis, empâtements et passages plus translucides coexistent. Monet construit la profondeur par couches de matière plutôt que par perspective.
L’échelle du corps
Sur trois mètres, la lecture ne se fait pas d’un seul coup. Le spectateur doit déplacer les yeux — et, devant l’original, le corps — le long de la frise.
La couleur comme atmosphère
Le lilas domine, mais il ne travaille jamais seul
L’unité du panneau vient d’une circulation continue entre violets, verts d’eau, gris bleutés et blancs colorés. Les notes chaudes jouent le rôle d’étincelles.
La toile comme partition
Répéter sans aligner, suspendre sans immobiliser
Le rythme naît de la relation entre trois mouvements : la branche horizontale, les grappes verticales et les touches obliques qui relancent la surface.
La continuité
Le format de frise et la branche supérieure invitent l’œil à parcourir la toile de gauche à droite, comme une phrase sans point final.
La chute
Les grappes interrompent ce parcours et font descendre le regard. Leur longueur varie, créant une cadence irrégulière.
La vibration
Des traits courts croisent les deux axes principaux. Ils évitent toute rigidité décorative et maintiennent la sensation de croissance.
Le décor qui n’a pas été installé
Les Glycines devaient prolonger les Nymphéas vers le haut
Dans un état du projet, Monet imagine les glycines comme une frise florale placée au-dessus des grands panneaux d’eau ou dans les intervalles de l’architecture.
Du pavillon Biron aux salles ovales
Le premier lieu envisagé est un pavillon dans le jardin de l’hôtel Biron, aujourd’hui musée Rodin. Le projet prévoit un décor où l’eau occupe les murs et où des motifs floraux complètent les parties hautes et les interruptions.
- 1919–1920 : les Glycines sont peintes pendant que la destination et la forme de l’ensemble restent en discussion.
- 1920 : le projet de don devient officiel ; Monet dialogue avec l’administration sur le bâtiment et l’accrochage.
- 1921 : le pavillon Biron est abandonné au profit de l’Orangerie des Tuileries.
- 1922 : le contrat de donation porte sur les grands panneaux de Nymphéas, constamment repris par Monet.
- 1927 : les huit compositions installées dans deux salles ovales n’intègrent finalement pas les Glycines.

L’installation définitive de l’Orangerie
Deux salles elliptiques, éclairées naturellement par le haut, accueillent huit compositions de Nymphéas. Les Glycines sont absentes de cet état final.

Une frise devenue autonome
Privé de sa place architecturale initiale, le panneau peut aujourd’hui être regardé comme une œuvre complète : une bande de couleur qui contient déjà son propre espace.
Un motif, plusieurs panneaux
Formats allongés et formats presque carrés
La série conservée montre que Monet teste plusieurs fonctions : frise continue au-dessus d’un décor, panneau de transition ou tableau autonome.

La frise de 100 × 300 cm
Le musée conserve deux toiles de ce format. Leur longueur fait de la floraison une ligne architecturale : on les lit par déplacement, non comme une fenêtre centrée.
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La guirlande sur fond bleu
Dans les versions plus compactes, la branche forme un arc puissant et les grappes se concentrent davantage. Le ciel ou l’atmosphère bleue devient une vaste surface active.
Explorer cette version →Une version conservée à La Haye
La collection néerlandaise conserve elle aussi une Glycine tardive, preuve que le motif a survécu hors de l’installation définitive de l’Orangerie.
Voir la notice du musée →Autour des grandes décorations
Sept œuvres pour comprendre comment Monet dissout le jardin
Du pont japonais encore lisible aux surfaces tardives sans horizon, les comparaisons montrent la disparition progressive des repères et l’élargissement du champ pictural.

Les Glycines
La fleur suspendue remplace l’horizon et transforme le haut du jardin en espace autonome, presque sans profondeur mesurable.
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Glycines sur bleu
La comparaison révèle que la série n’est jamais une copie mécanique : densité, couleur du fond et direction de la branche changent l’expérience.
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Nymphéas, reflets de saule
Les verticales ne sont plus des fleurs tombantes mais des reflets. Le haut et le bas du monde deviennent indissociables.
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Nymphéas et Agapanthes
Des floraisons sur les bords organisent une nappe d’eau immense. Comme dans les Glycines, le motif végétal devient un principe de liaison.
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Saule pleureur et bassin
La branche de saule descend avec une gravité comparable à celle des grappes de glycine, mais dans une palette plus sombre et terrestre.
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Harmonie verte
Le pont, les rives et la profondeur sont encore reconnaissables. Vingt ans plus tard, les Glycines auront presque éliminé ces repères.
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Le Pont japonais
Cette vue antérieure permet de retrouver l’architecture réelle que les panneaux tardifs transforment en lignes, taches et suspensions.
Voir la reproduction →Trois espaces réels
Le jardin, le grand atelier et la salle immersive
Les Glycines se comprennent au croisement de trois lieux : la plante cultivée à Giverny, l’atelier où Monet travaille ses panneaux et l’architecture muséale finalement consacrée aux Nymphéas.

Les deux salles ovales de l’Orangerie
Les compositions ont toutes 1,97 m de haut et se déploient sur près de 100 mètres linéaires. L’architecture fait de la peinture une expérience périphérique.
Photo : Brady Brenot, 2017 · Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0.
Monet devant ses grands panneaux
Cette photographie montre l’écart d’échelle entre les tableaux de chevalet et les immenses surfaces travaillées dans le dernier atelier.
Photo : Henri Manuel, avant 1947 · Wikimedia Commons · domaine public.
Le motif dans le jardin
Le pont, le bassin et les plantes donnent une origine concrète aux œuvres, sans expliquer à eux seuls leurs cadrages ni leur degré d’abstraction.
Photo : Donar Reiskoffer · Wikimedia Commons · CC BY-SA 3.0.Couleur tardive et vue fragilisée
Les troubles visuels comptent, sans suffire à expliquer la peinture
Dans les années 1910 et 1920, Monet souffre de cataractes. Ses couleurs et ses contours évoluent, mais réduire les Glycines à une « déformation médicale » ferait disparaître leur ambition architecturale.
Ce que la vision peut modifier
- Les valeurs : distinguer les nuances proches devient plus difficile.
- Les contours : les limites entre fleur, feuille et atmosphère se dissolvent.
- La température : la perception des bleus et des violets peut être affectée.
- La méthode : Monet s’appuie sur l’habitude de sa palette et sur de nombreuses reprises.
Ce qui relève d’un projet conscient
- Le format : trois mètres de largeur répondent à une fonction de frise.
- Le cadrage : la branche coupée suppose une continuité hors champ.
- Le rythme : les grappes sont réparties selon densités et intervalles.
- L’architecture : l’œuvre est pensée en relation avec un décor enveloppant.
Devant le panneau
Un parcours de regard en sept minutes
Cette méthode aide à dépasser l’impression de brume colorée et à reconnaître la construction rythmique du décor.
La branche
Suivez d’abord la fine ligne chaude qui traverse la partie supérieure.
Les chutes
Comptez les principales retombées et comparez leurs longueurs.
Le grand vide
Observez combien la gauche est moins dense que la droite.
Les blancs
Isolez les nuances froides et chaudes à l’intérieur des passages clairs.
Le corail
Repérez chaque accent rouge ou orangé et son pouvoir d’animation.
Près puis loin
Approchez-vous pour voir la matière ; reculez pour retrouver la guirlande.
Hors cadre
Imaginez enfin comment la frise pourrait se poursuivre de chaque côté.
Prolonger l’analyse
Les collections essentielles autour des Glycines
Explorez les fleurs de Monet, le jardin de Giverny, le pont japonais et les Nymphéas tardifs.
Les Glycines, frise horizontale
Autre versionLes Glycines sur fond bleu
Collection principaleClaude Monet
Grand cycle tardifLes Nymphéas
Motifs florauxFleurs de Monet
Le jardin construitJardin de Claude Monet
Lieux et paysagesGiverny
Architecture du bassinLe Pont japonais
Collection muséaleMusée Marmottan Monet
Mouvement artistiqueImpressionnisme
Retombées et refletsNymphéas, reflets de saule
Projet monumentalNymphéas et Agapanthes
Questions fréquentes
Les Glycines de Monet : les réponses essentielles
Date, dimensions, musées, nombre de versions, lien avec les Nymphéas et signification de la composition.
Quand Monet a-t-il peint Les Glycines ?
Les deux grands panneaux horizontaux du musée Marmottan Monet sont datés de 1919–1920. D’autres versions sont parfois datées plus largement entre 1916 et le début des années 1920.
Quelles sont les dimensions du panneau du musée Marmottan Monet ?
La grande version horizontale mesure 100 cm de hauteur sur 300 cm de largeur. Le musée conserve deux toiles de même format consacrées au motif.
Où se trouvent les Glycines de Monet ?
Le musée Marmottan Monet conserve deux grands panneaux issus du legs Michel Monet. D’autres versions appartiennent notamment à l’Allen Memorial Art Museum d’Oberlin et au Kunstmuseum Den Haag.
Combien de tableaux des Glycines Monet a-t-il peints ?
Le décompte varie selon les catalogues et la manière de distinguer études, panneaux et versions. L’Allen Memorial Art Museum présente son tableau comme l’une des neuf peintures subsistantes liées au projet de frise.
Pourquoi Monet a-t-il peint des glycines ?
Des glycines poussaient sur un arceau installé en 1905 au-dessus du pont japonais de Giverny. Leur mouvement suspendu convenait aussi à son projet d’une frise florale associée aux grandes décorations des Nymphéas.
Les Glycines sont-elles exposées au musée de l’Orangerie ?
Non. Les salles ovales de l’Orangerie accueillent huit grandes compositions de Nymphéas. Les panneaux de glycines appartenaient à un état antérieur ou complémentaire du projet et n’ont pas été intégrés à l’installation définitive.
Pourquoi le tableau n’a-t-il pas d’horizon ?
Monet ferme le champ sur les fleurs et l’atmosphère. En supprimant sol, ciel et rive clairement séparés, il transforme le jardin en surface continue et renforce la fonction décorative de la frise.
Quelles couleurs dominent Les Glycines ?
Les lilas, violets pâles, verts d’eau, gris bleutés et blancs nacrés dominent. Des accents corail et orangés réchauffent ponctuellement la composition.
Les Glycines sont-elles une œuvre abstraite ?
Le motif végétal reste identifiable, mais l’absence d’horizon, la décentralisation et la continuité de la touche rapprochent l’œuvre de préoccupations qui deviendront centrales dans l’abstraction du XXe siècle.
Quel lien unit Les Glycines et les Grandes Décorations ?
Les panneaux sont conçus dans le contexte du vaste cycle des Nymphéas. Monet envisage à un moment une frise de glycines au-dessus des grandes toiles d’eau ou dans les intervalles architecturaux du décor.
Sources vérifiées
Musées, jardin et histoire des grandes décorations
Les dates, dimensions et étapes du projet ont été recoupées à partir de ressources institutionnelles.
Musée Marmottan Monet
Arceau de 1905, deux panneaux de 100 × 300 cm, datation et legs Michel Monet.
Cycle monumentalMusée de l’Orangerie
Don, accords, installation, dimensions et postérité des Nymphéas.
Projet de friseAllen Memorial Art Museum
Fonction des glycines, format, provenance et abandon dans l’installation finale.
Version conservéeKunstmuseum Den Haag
Notice de la Glycine appartenant à la collection de La Haye.
Monet tardifKimbell Art Museum
Les dernières années, les grands formats et la réinvention picturale après 1913.
Jardin réelFondation Claude Monet
Calendrier officiel des floraisons de Giverny, dont les glycines au printemps.
Image de référenceWikimedia Commons
Reproduction du panneau Marmottan, accession 5124, daté 1919–1920.
Décor impressionnisteMusée de l’Orangerie
Les Nymphéas comme aboutissement du décor impressionniste et de l’espace immersif.
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